Blogue Finance de Yahoo Québec

Lock-out dans la LNH: pénalité pour l'économie?

Les joueurs du Canadiens saluent les partisans à la fin de la saison 2011-12. (Presse Canadienne)La Ligue nationale de hockey a annulé un tiers des matchs de la saison en cours. Dans les arénas, c’est donc un tiers de tickets, de bière et de tee-shirts en moins qui sera vendu. Mais globalement, les choses sont bien plus complexes. Qui sont les vrais perdants – et les gagnants! — du lock-out?

«C’est peut-être une tragédie pour les gens, mais pas pour l’économie», affirme Michel Poitevin, professeur titulaire au Département de sciences économiques de l’Université de Montréal et spécialiste de l’économie du sport.

Grands clubs vs petits clubs
«Le vrai manque à gagner sera surtout pour les grosses équipes riches(comme les Canadiens de Montréal ou les Flyers de Philadelphie) sur les ventes de billets, la bière, le stationnement ou encore les produits dérivés. Cela peut aussi indirectement toucher certains commerces spécialisés comme des boutiques de sport», explique M. Poitevin.

En revanche, dans le cas des équipes non rentables ou en déficit, le lock-out se soldera plutôt par un moins mauvais bilan, voire une économie. «Bien sûr, il y a des frais fixes, comme ceux liés à l’aréna.

Mais le gros des dépenses, ce sont les salaires des joueurs. Et un tiers des matchs annulés, c’est environ 20 M$ de masse salariale que les clubs n’ont plus à verser», continue M. Poitevin.

Ce phénomène pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi le lock-out s’éternise, selon lui. «Il y a un noyau dur de propriétaires pauvres qui, d’une part ont plus intérêt à ce que les salaires baissent, et d’autre part perdent moins d’argent qu’au cours d’une saison normale», explique le spécialiste.

Micro vs macro
Quant à l’économie globale, elle n’aurait rien à craindre du lock-out. «Une équipe de hockey, même de l’importance des Canadiens, cela ne pèse pas lourd dans l’économie du Québec. Ce n’est pas comme si la moitié des usines de Montréal fermait», illustre M. Poitevin.

D’autant plus que l’argent qui ne va pas dans le hockey s’en va ailleurs. «Les 500$ que vous auriez dépensé au Centre Bell seront recyclés ailleurs dans l’économie. Et si vous les épargnez, le système bancaire convertira cette somme en prêts à la consommation ou en investissements industriels.»

Il pourrait bien y avoir des pertes marginales liées aux difficultés d’emploi de certaines catégories de personnel, reconnaît M. Poitevin. «C’est sûr que plusieurs employés saisonniers vont rester au chômage. Quant aux employés permanents, c’est de la main-d’œuvre mise en veilleuse. Même si ces gens trouvent autre chose en attendant, ce sera sûrement moins payant.»

À l’échelle individuelle, certains vont donc écoper durement. Mais d’un point de vue macroéconomique, le lock-out pourrait même se solder par un gain net. «Comme pas mal des joueurs sont étrangers, une bonne partie de leurs salaires est dépensée hors du Canada, explique encore M. Poitevin. Assister à un match de hockey, c’est en quelque sorte acheter un produit d’importation.»

Et comme les joueurs sont payés avec les dépenses des spectateurs qui consommeront autre chose à cause du lock-out, la situation peut finalement se solder par plus d’argent qui reste au pays.

Et les médias?
Même chose pour les chaînes de télévision, qui peuvent sortir financièrement gagnante de la crise actuelle. «Par exemple, la plupart des gens sont abonnés à RDS via le câble et le satellite. Ils ne vont pas résilier juste à cause de la situation actuelle. La chaîne perçoit donc les mêmes recettes alors qu’elle a moins de frais de production pour couvrir les matchs, ou moins de redevances audiovisuelles à payer. C’est ainsi que certains canaux de sports ont fait plus de profits lors du lock-out de 2004-2005», conclut M. Poitevin.

L’impact pourrait être plus fort sur la presse écrite, car les gens y sont moins abonnés, et pour les commanditaires des équipes dont les produits pourraient être moins consommés. Mais là encore, rien ne dit que les consommateurs n’opèreront pas un simple transfert vers la concurrence ou l’épargne, qui participent aussi à l’activité globale.

Bref, ce n’est pas parce que les patinoires sont vides que la Terre cesse de tourner. Ou l’économie, à tout le moins.

Cours

 
Cours récents
Symbole Prix Changer % Var. 
Les derniers symboles vus seront automatiquement affichés ici si vous entrez un symbole dans « Entrer symbole/entreprise » au bas de ce module.
Vous devez activer les cookies dans votre navigateur pour voir les plus récents cours.
 
Ouvrir une session pour afficher les cours dans vos portefeuilles.