Le pipeline de la discorde

Des groupes environnementaux ont décrié vendredi le plan de l'entreprise Enbridge visant à acheminer le pétrole albertain au Québec via l'Ontario, pendant que le dossier a été soulevé à l'Assemblée nationale.

Enbridge, dont le siège social est à Calgary, a officiellement demandé jeudi à l'Office national de l'énergie les approbations nécessaires pour inverser le flux d'un de ses pipelines qui transporte actuellement le pétrole de Montréal à Westover, en Ontario.

Lors de la période des questions à l'Assemblée nationale, le chef intérimaire de l'opposition officielle, le libéral Jean-Marc Fournier, a souligné l'importance du projet pour la création d'emplois au Québec et a salué la création d'un comité mixte avec l'Alberta pour examiner le dossier.

« Par contre, nous ne voulons pas d'un comité improvisé qui va laisser les citoyens et l'industrie dans l'incertitude. (...) On n'a pas les moyens ni le temps d'avoir une improvisation qui se transforme en moratoire », a-t-il lancé, demandant quel était l'échéancier de ce comité.

La première ministre Pauline Marois a répondu que son gouvernement avait déjà contacté celui de l'Alberta pour désigner qui fera partie du comité et que ce sont ces personnes qui détermineront l'échéancier.

« C'est sûr qu'on va agir avec promptitude, avec célérité, mais il faut prendre le temps d'établir un échéancier raisonnable et responsable », a déclaré la première ministre.

Elle a ajouté que lorsqu'elle avait rencontré son homologue de l'Alberta, Alison Redford, la semaine dernière à Halifax, elles n'avaient pas convenu d'un échéancier, mais qu'un calendrier sera sans doute disponible au début de 2013.

Pour les groupes environnementaux Équiterre, Greenpeace et Environmental Defense, le plan d'Enbridge représente une étape de plus vers la création d'une route pour exporter ce qu'ils appellent le « pétrole sale » albertain vers la Nouvelle-Angleterre.

Dans un communiqué conjoint diffusé vendredi, ils demandent à l'Office national de l'énergie (ONÉ) d'enquêter sur les plans à long terme de l'entreprise albertaine.

« Avec cette demande, il devient évident que les compagnies pétrolières planifient de faire transiter (le pétrole) des sables bitumineux par l'est du Canada, le Québec et la Nouvelle-Angleterre », ont-ils déclaré.

Le pipeline en question, appelé Ligne 9, allait de l'ouest vers l'est lorsqu'il a été construit dans les années 70, mais son flux a été inversé 20 ans plus tard pour répondre aux conditions du marché à l'époque.

Enbridge veut maintenant revenir au flux initial du pipeline pour que les raffineries de l'est du pays puissent avoir accès au pétrole de l'ouest.

Patrick Bonin, du groupe Greenpeace, a fait valoir que le Québec ne devait pas s'en remettre au gouvernement fédéral, à l'Alberta ou à l'ONÉ et que le gouvernement québécois devait refuser le plan d'Enbridge pour le bien de la population.

Steven Guilbeault, d'Équiterre, a quant à lui déclaré que la population devait se mobiliser contre le projet.

« Enbridge a une feuille de route pitoyable quant à la sécurité de ses pipelines et est responsable du plus important déversement pétrolier en sol nord-américain en 2010 au Michigan », a-t-il souligné.

Les groupes ont indiqué qu'ils ne croient pas Enbridge lorsque l'entreprise assure qu'elle n'a aucun plan pour ainsi acheminer le pétrole vers l'est des États-Unis. Ils affirment que « le renversement complet de la Ligne 9 est presque certainement précurseur du renversement du pipeline Portland-Montréal ».

Pendant l'été, l'ONÉ a donné à Enbridge la permission d'inverser une portion du pipeline Ligne 9 entre Sarnia et Westover, en Ontario. La raffinerie de la Pétrolière Impériale (TSX:IMO) à Nanticoke est située près de Westover.

La demande que Enbridge a déposée jeudi comprend la portion qui reste de ce même pipeline jusqu'à Montréal, où Suncor (TSX:SU) possède une raffinerie.

Les raffineries de l'est du pays dépendent du pétrole importé de l'étranger qui coûte plus cher que le pétrole de l'ouest du Canada. C'est une des raisons pour lesquelles les coûts de l'essence sont plus élevés dans l'est qu'ils le sont dans l'ouest, mais plusieurs autres facteurs sont aussi en cause.

Un manque de pipelines adéquats a fait que le pétrole brut albertain n'a pu être acheminé vers les marchés les plus lucratifs, menant à un surplus de l'offre qui fait baisser les prix et réduit les profits des producteurs.

Enbridge a indiqué que les allégations des groupes environnementaux sont fausses.

L'entreprise soutient que c'est le marché qui rend nécessaire le renversement de la Ligne 9 et que le pipeline transportera du pétrole brut léger, qui provient d'autres régions que celle des sables bitumineux.

« Toutefois, le pétrole brut provenant de la région des sables bitumineux du Canada, parfois appelé bitume dilué, pourrait aussi être acheminé par la Ligne 9 », a indiqué l'entreprise.

Enbridge a ajouté que du bitume de ce type était acheminé de façon sécuritaire tous les jours par des pipelines à travers de l'Amérique du Nord et qu'il n'y avait aucune preuve que ce genre de pétrole causait plus de corrosion aux pipelines que d'autres types de pétrole.


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