Alors que le niveau d’épargne ne cesse de fondre dans les économies les plus développées, deux chercheurs du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) se sont penchés sur les raisons qui poussent les Canadiens à garnir (ou à vider) leur bas de laine. Résultat: dans ce domaine aussi, le Québec se distingue des autres provinces.
Du début de la décennie 90 au début de la décennie 2000, le taux d’épargne des ménages s’est effondré au Japon, en Amérique du Nord et, dans une moindre mesure, en Europe. La tendance s’est légèrement inversée au cours des 10 dernières années, mais repart finalement à la baisse depuis le début de la décennie 2010.
Et les ménages canadiens sont parmi les plus insouciants! En 2011, alors que la moyenne du taux d’épargne des pays de l’OCDE s’établissait à 7 %, le Canada affichait un tout petit 4,3 %. C’est un peu moins que les États-Unis (4,5 %) et quatre fois moins que la France (16 %).
La Canada montre cependant des disparités. Ainsi, le taux d’épargne globale du Québec est environ une fois et demie plus faible que celui du pays dans son ensemble, mais celui des ménages y est sensiblement supérieur.
Pour mieux cerner le phénomène, Mara Gloria et François Vaillancourt ont utilisé neuf variables socioéconomiques, du taux d’inflation au taux d’emploi des femmes, pour qualifier les déterminants de l’épargne des ménages, mais aussi des entreprises et des gouvernements au Canada et au Québec.
Leur étude montre que certains de ces facteurs, comme l’âge de la population ou le revenu disponible, n’ont pas, ou peu, d’influence. Elle révèle aussi que la Belle Province n’est pas sensible aux mêmes perturbations économiques que l’ensemble du pays quand il s’agit de mettre de l’argent de côté.
Les Québécois craignent l’inflation
Par exemple, la hausse de l’inflation n’a qu’une incidence minime sur l’épargne des Canadiens, alors qu’elle pousse significativement les Québécois à économiser.
Ensuite, une diminution du taux d’emploi des Canadiennes diminuerait durablement le niveau d’épargne; en revanche, une baisse de la participation des Québécoises au marché du travail grugerait l’épargne de la province dans l’immédiat, mais la stimulerait à moyen terme.
Doit-on en conclure que moins de femmes au boulot nous feraient, collectivement, épargner davantage ? La question est complexe, notamment en raison d’effets distincts sur les ménages, les entreprises et les finances publiques. Les auteurs de l’étude n’ont pas tenu à répondre aux questions que nous leur avons posées à ce sujet.
Il existe toutefois un consensus autour de la richesse nette globale - la différence entre le capital et les dettes de l’ensemble des acteurs économiques - et des taux d’intérêt. D’un océan à l’autre, ces facteurs ont une influence positive sur l’épargne quand ils sont malmenés.
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