Économie globalisée oblige, les remous de la crise de la dette européenne se font sentir jusque chez nous. Ils peuvent parfois même déborder des places boursières pour avoir des conséquences plus concrètes sur les consommateurs.
C’est le cas pour près de deux millions d’épargnants canadiens dont la banque ING Direct Canada, filiale canadienne du groupe néerlandais de banque et d’assurance ING Groep, est en vente.
ING a besoin de fonds pour rembourser le gouvernement des Pays-Bas qui l’a renfloué à hauteur de 10 milliards d’euros (12,2 milliards de dollars) après la crise de 2008. Quatre ans plus tard, le groupe doit encore environ 30 % de cette somme.
La vente d’ING Direct Canada n’est pas anodine, car c’est il s’agit d’un joueur reconnu du monde bancaire canadien. Première banque en ligne au pays, elle gère autour de 38 milliards de dollars d’actifs.
Ses clients doivent-ils pour autant se ruer sur le premier ordinateur afin d’aller vider leurs comptes? Ses employés doivent-ils se dépêcher de mettre à jour leur CV?
Reins solides
Tout d’abord, la vente d’ING Direct Canada n’est pas une liquidation. L’entreprise se porte bien, elle est même la chef de file de son secteur. Le groupe ING s’est d’ailleurs fait connaître du grand public partout dans le monde en popularisant le concept de banque sans guichet. Et c’est au Canada qu’elle a ouvert sa première filiale, en 1997.
Sa recette gagnante: des coûts d’exploitation réduits au minimum permettent non seulement de supprimer les frais pour le client, mais aussi de rémunérer tous les comptes de dépôt.
D’autre part, ING Direct Canada fait partie d’un géant mondial de la banque et de l’assurance, numéro 1 de son secteur et numéro 12 de toutes les entreprises pour le chiffre d’affaires en 2010.
On est donc loin d’un scénario de faillite. Et même si c’était le cas, ING Direct est membre de la Société d’assurance-dépôts du Canada qui couvre les comptes courants, les comptes d’épargne et les certificats de placements garantis jusqu’à concurrence de 100 000 $. Or, le dépôt moyen par titulaire à ING Direct Canada est d’environ 21 000 $.
En outre, même si elle est la plus grosse des banques sans guichet, ING Direct Canada détient seulement 1 % de l’ensemble des 3 600 milliards d’actifs gérés par les banques du pays. Sa disparition aurait donc peu de chances de plomber lourdement le système bancaire national.
Même image, même formule
En matière de services, les clients ne devraient pas voir de différence. Comme ING Direct occupe la niche spécifique et rentable de la banque sans guichet, son acquéreur devrait y voir l’occasion d’ajouter une corde à son arc. En outre, la réputation d’ING en tant que reine des banques en ligne a été solidement établie grâce à une politique de marketing jeune, drôle et saluée comme très efficace.
Il y a donc fort à parier que le nouveau propriétaire voudra tirer profit de cette notoriété au sein d’un secteur on ne peut plus dans l’air du temps. C’est en tous cas ce qui s’est passé aux États-Unis il y a un an, lorsque CapitalOne a racheté ING Direct USA. Rien n’a changé pour les clients, pas même le nom ou le célèbre logo orangé.
Du côté des emplois, il y a théoriquement peu à craindre des compressions liées à des économies d’échelle, puisque ING Direct Canada est pratiquement seule dans sa catégorie. D’autre part, une banque sans guichet fonctionne par définition avec des effectifs réduits. Par exemple, avec 44 600 employés, le Mouvement des caisses Desjardins a 50 fois plus de salariés pour seulement trois fois plus de clients.
Enfin, comme ING reste unique en son genre au Canada, il n’y a pas non plus à redouter qu’une concentration vienne nuire à la concurrence.
Bref, dormez tranquilles, épargnants.

