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Climatisation: gardez la tête froide

Utiliser votre air climatisé, c’est bien confortable, et parfois même indispensable à cette période de l’année. Mais c’est aussi déplacer le problème, puisque pour garder nos logements au frais, nous augmentons la température extérieure. Et cela a un impact, surtout en ville!

C’est paradoxal: les systèmes conçus pour produire du froid sont en fait des sources de chaleur. Tout dépend de l’échelle à laquelle on se place. Pour rafraîchir localement - typiquement, l’intérieur d’un bâtiment - les climatiseurs réchauffent globalement (et doublement) l’environnement. Comment? D’abord, ces appareils captent la chaleur et l’humidité intérieures pour les rejeter à l’extérieur. Ensuite, ces appareils «chauffent», c’est-à-dire que leurs moteurs et leurs compresseurs dissipent ultimement l’énergie qu’ils consomment sous forme de chaleur.

C’est sans compter l’émission de gaz à effet de serre causée par les fuites de fluides frigorigènes nocifs, le bruit et la dégradation de la qualité de l’air. En effet, le recyclage de l’air intérieur par l’appareil concentre les particules allergènes et pathogènes.

Très chers climatiseurs

De l’énergie, les climatiseurs en consomment beaucoup. Proportionnellement, les vagues de chaleur tirent même plus la demande en électricité à la hausse que les journées glaciales. Pourquoi? Parce qu’il est techniquement plus facile de générer du chaud que du froid.

Une étude de l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a mesuré les pics de consommation électrique pendant les épisodes de canicule de 2003 dans l’Hexagone. Leur intensité est telle que toutes les centrales nucléaires françaises pourraient rapidement ne plus suffire si les climatiseurs continuent à s’installer au même rythme.

Utiliser l’air climatisé dans une voiture qui roule en ville augmente aussi sa consommation d’essence de 30 %, et donc la chaleur émise par son moteur dans la même proportion. Résultat, les climatisations des bâtiments et des automobiles génèrent une part importante de la chaleur «anthropique» (d’origine humaine) responsable des îlots de chaleur urbains.


Du coup, le climat des villes très climatisées serait pas mal plus supportable si elles n’étaient pas climatisées !

C’est notamment le cas de New York, où l’on estime que la température moyenne en été serait plus basse sans tous les systèmes d’air climatisé selon un classement effectué par l’Agence américaine de protection de l’environnement en 2008. C’est aussi le cas de Montréal qui arrive deuxième, derrière Manhattan et Moscou, ex-aequo, pour l’intensité de ses rejets de chaleur anthropique.

Briser le cercle vicieux
Heureusement, il reste des moyens plus durables de se mettre au frais:
  • les systèmes de pompes à chaleur qui utilisent une source froide naturelle, comme les profondeurs du sol (géothermie) ou un plan d’eau. Ils sont cependant assez complexes et coûteux ;
  • plus simples et meilleur marché, les systèmes à eau (elle circule dans des serpentins installés dans les murs ou les planchers), et le puits canadien (une conduite capte l’air extérieur et court 25 à 30 m sous terre avant de déboucher dans le bâtiment);
  • la bonne vieille ventilation, naturelle ou mécanique, car le déplacement de l’air à la surface de la peau favorise l’évaporation de la transpiration. La relation entre la sensation de fraîcheur et la vitesse du courant d’air est directe : 1˚ C de moins pour 1 km/h, 5˚ C pour 8 et 8˚ C pour 20.

Outre un usage raisonnable de la climatisation, la meilleure protection contre la chaleur en ville reste de planter un maximum de végétaux. L'objectif: faire de l’ombre et éviter que le soleil ne tape sur les surfaces nues.





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